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Le rapport entre le ketchup et l’inflation

Le commentaire économique de Daniel Rotzer, responsable Asset Management & Advisory de la Banque cantonale du Valais.
09 mai 2022, 12:01
ketchup

Trop de ketchup dans l’assiette

Tout le monde connaît la bouteille en verre de ketchup Heinz. Si l’on veut doser le ketchup comme on le souhaite, le scénario suivant se produit dans la plupart des cas. Au début, il n’y a rien dans l’assiette. Ensuite, la plupart des gens frappent le fond de la bouteille avec la paume de la main pour faire passer la sauce tomate dans l’assiette. Cela se termine généralement par un véritable déluge de ketchup. 

Selon le fabricant, il suffit de taper au bon endroit. Un tapotement vigoureux sur le «57», qui se trouve au-dessus de l’étiquette, permet de faire couler le ketchup plus rapidement et de manière plus contrôlée de la bouteille. Si l’on incline la bouteille à un angle de 40 degrés, on obtient exactement la bonne quantité. Cet exemple imagé permet d’illustrer la situation actuelle de l’évolution de l’inflation.

Un réservoir plein me coûte aujourd’hui plus de 100 francs

La crise du Covid et la guerre sont deux grands coups qui ont fait monter l’inflation, comme quand je tape trop fort sur ma bouteille de ketchup. L’économie déborde d’inflation. Les consommateurs le ressentent particulièrement avec la hausse des prix du plein d’essence de leur véhicule. Avant le début de la guerre en Ukraine, un plein moyen me coûtait environ 90 francs, celui-ci s’élève désormais à 100 francs. Ou encore certains articles électroniques coûtent plus cher; il en va de même pour la construction d’une maison. 

En Amérique, les prix ont augmenté de 8,5% en mars par  rapport au même mois de 2021. En Europe, un nouveau  record de 7,4% a été enregistré. La Suisse a enregistré un renchérissement plus faible, mais celui-ci s’élève également à un niveau historiquement élevé de 2,4%. Ces augmentations de prix sont historiques, depuis plus de 40 ans  l’économie n’a pas connu de tels niveaux d’inflation. Les personnes nées dans les années 1980 et après n’ont pas,  pour ainsi dire, connu le mot inflation.


Les taux d’intérêt bas stimulent la demande

L’augmentation du renchérissement peut s’expliquer d’une part par le choc de l’offre. Des difficultés dans les chaînes d’approvisionnement ou encore la guerre en Ukraine ont entraîné une baisse de l’offre de divers biens. Cela a provoqué une hausse des prix. D’autre part, le renchérissement a également été favorisé par une forte demande de consommation et d’investissement. Une demande qui a été, en partie, encouragée par les taux d’intérêt historiquement bas.

Agir sur une ligne étroite

Comment arriver à la bonne dose de ketchup dans l’assiette et un bon niveau d’inflation pour l’économie? Pour le ketchup, il faut le remettre dans la bouteille à l’aide d’une cuillère. Pour réduire l’inflation, il faut monter les taux d’intérêts afin de faire baisser la demande. Avec moins de demande, la pression sur les prix baissera. Dans ce contexte, la politique des banques centrales est au premier plan aujourd’hui. 

Celles-ci se trouvent actuellement confrontées à un défi majeur. Si les taux d’intérêt sont trop fortement relevés, le risque d’un effondrement de la demande et d’une récession augmente. A contrario, si les banques centrales continuent à soutenir trop généreusement et à laisser les taux d’intérêt bas, la probabilité que l’inflation reste élevée augmente. Nous pensons que l’année 2022 sera décisive et entrera dans l’histoire économique. Ce sont, en effet, les prochains mois qui jalonneront l’avenir. Espérons que nous aurons la bonne dose e ketchup dans notre assiette à la fin de l’année.